Vers un bac au rabais

diplome-baccalaureat

Article écrit par une amie prof sur le Bac. Qu’en pensez-vous ? :

Enseignante depuis 20 ans, dont 14 ans en formation professionnelle où j’exerçais une double activité (responsable administrative et pédagogique + formatrice), et 7 ans en lycée, mais également mère de 3 enfants de 17 à 19 ans, je porte un regard dur sur notre système éducatif et plus particulièrement sur l’orientation post 3è et post lycée.

Lorsque j’ai passé mon bac A1 (lettres et maths) en 1988, les classes de littéraire n’étaient pas déconsidérées comme aujourd’hui. Nous étions reconnus comme des élèves autonomes dans leur travail, faisant preuve d’une certaine maturité, et passant du temps au travail individuel en bibliothèque essentiellement. Nos camarades de B (aujourd’hui ES) et de C ou D (aujourd’hui S) n’étaient pas plus des élites que nous. Nous n’étions pas dans une section « par défaut ».

Les élèves des sections G (aujourd’hui STG) étaient par contre déjà mal considérés. On disait d’eux que c’était les poubelles des refusés en section générale. Par contre, d’autres sections technologiques existaient déjà à l’époque : les F (F1 électro je crois, F2, F3, F4, F5, F6 chimie, F7 biologie…) et les E (la Rolls des sections technologiques, réputée pour être au moins aussi difficile que la section C. Toutes ces sections permettaient des orientations tout à fait glorieuses, y compris pour les G. Mais aucun de ces bacs n’était donné… on nous rattrapait à l’oral, oui, mais pas deux ou trois fois comme aujourd’hui. Les sujets n’étaient sans doute pas plus difficiles, mais les exigences de correction l’étaient bien plus qu’à présent.

Sortant de 3è, ceux qui étaient plus en difficulté et n’avaient pas un profil à redoubler (c’est à dire qu’ils étaient peut-être déjà plusieurs fois redoublant, ou bien pas « scolaires » ou encore tout simplement pas fait pour un système généraliste), et bien, sans aucune honte ils partaient vers les lycées professionnels. CAP, BEP leur ouvraient leurs portes. A présent, sauf cas particulier, ces voies sont ouvertes à ceux dont on ne sait pas quoi faire, simplement parce qu’on n’a pas réagi assez tôt (plus assez de sections d’enseignement spécialisé avant et à partir de la 4è, moins de choix d’orientation post 3è).

Que se passe-t-il maintenant ?

85,6% de bacheliers en 2011…. Bravo ! Mais bravo à quoi ? à un système qui a baissé le niveau d’évaluation pour pousser les jeunes à faire de longues études afin de réduire les chiffres réels du chômage… car là est le problème. 85% de jeunes qui pour bon nombre ne savent pas écrire correctement (syntaxe comme orthographe déplorable), qui pour la moitié se poseront des questions avant la fin de leur première année de post bac : « qu’est-ce que je fais là ? »… On les pousse, on les remue, on leur demande de faire un bac S, car sans bac S point de salut ! à la limite, un bac L, mais déjà là c’est la misère car ce bac est considéré comme étant celui des glandeurs de voie générale, des drogués et artistes sans conviction… Et je ne parle pas des voies technologiques… A la rigueur, STI, STL, STAV, il y a une connotation scientifique qui sauve l’image… mais STG ? Vous n’y pensez pas ? Ce bac qui remplace le vieux bac G ? Ce bac qui est toujours considéré comme la poubelle pour ceux qui ne peuvent pas aller en S ou ES ?

Et qu’en est-il du bac pro ?? L’oublié, le laissé pour compte, celui des « moins que rien » ? Combien savent que ce bac est à présent préparé en 3 ans, direct après la 3è, comme les autres bacs, et qu’il est revalorisé dans son contenu, quelle que soit la section ? (objectif : que les jeunes de ces bacs puissent eux aussi accéder à du supérieur), et que peut-on dire des BEP que l’on a supprimé depuis 1 an, des CAP qui passent pour des rebus de la société ?

Que pensent les entreprises qui faisaient appel à cette main d’œuvre indispensable et qualifiée ?

J’ai rencontré un chef d’entreprise dans le bâtiment, spécialité couvreur, et bien à la veille de sa retraite, pour pouvoir satisfaire toutes les commandes, il a été obligé de se remettre à grimper sur les toits avec ses gars, faute de main d’œuvre qualifiée. Il était prêt à payer rubis sur l’ongle, mais ça n’a pas fait venir les OQ pour autant !

Pourquoi a-t-on décidé de faire de l’élitisme ? soit disant pour lutter contre le chômage des jeunes… disons plutôt pour cacher le chômage des jeunes… tant qu’ils font des études, ils ne cherchent pas du boulot. Certes ils optimisent leur insertion, mais au bout du compte ils sont à présent trop nombreux, bardés de diplômes à se présenter pour des postes à hautes responsabilités… car dans une entreprise il y a moins de fonctionnels que d’opérationnels… mais on forme nos jeunes en quantité inverse…

Mais, me direz-vous, serais-je en train de dire qu’il faut que nos enfants aillent travailler avec leurs mains sans crevasse ???? Houlà ! Quelle horreur ?!

Et si tout simplement on arrivait à imaginer un monde avec des gens qui font aussi des métiers qui leur plaisent vraiment ??? quelqu’un y a-t-il pensé ? Car on en voit des tas qui après des parcours studieux et longs finissent par se recycler sur des branches de type CAP pour changer de métier… et oui ! Et ils en sont heureux, ils gagnent bien leur vie, et sont épanouis.

Tout notre système éducatif est basé aujourd’hui sur la course à l’honneur par les plus grandes écoles, mais tout le monde n’est pas fait pour ça… et on oublie que certains métiers se perdent et qu’on en a pourtant énormément besoin !

Ceci dit, j’entends déjà les critiques : « on ne va pas faire plombier, ni couturière, encore moins menuisier… » Forcément ! On pense toujours que ces métiers sont pour les gens incapable de réfléchir…  tout comme coiffeur ou boulanger… et pourtant, on en a besoin ! Et ils sont loin d’être abrutis…

Personnellement, je ne souhaite que voir mes enfants heureux dans leur métier, quel qu’il soit.